Intervention de Jean Hébrard au colloque inter-degré du 15/11/2005

vendredi 16 décembre 2005
popularité : 3%

 
Continuité des apprentissages premier et second degrés
 
 
Intervention de M. Jean HEBRARD, IGEN Groupe enseignement primaire
 
Que peut apporter l’école primaire à la construction du socle commun ?
 
 
Quelle est la part de l’école primaire dans l’héritage ?
Depuis 1975, l’articulation entre le premier et le second degrés est en débat.
Avant 1975, il y avait une « culture secondaire » qui était « élégante ». Elle s’opposait à la « culture primaire », lourde et laborieuse et qui était plutôt encyclopédique (la liste des départements et des préfectures). La conquête de la culture primaire a été difficile : avant 1882 moins de 20% de la population française ne parlait pas le français.
Lorsqu’en 75 les deux systèmes sont rapprochés, le rôle de l’école primaire se transforme. Elle va se penser très vite comme la base instrumentale d’une culture qui va se construire au collège. De 70 à 90 les programmes de l’école primaire supprime « la dimension éveil » et se recentre sur « les apprentissages fondamentaux », Lire, écrire, compter. La construction de la culture est laissée de fait à la charge du collège. Mais plus l’école se refermait sur ces apprentissages, plus on envoyait au collège des enfants en grande difficulté et plus on creusait l’écart entre les élèves ZEP et les autres, malgré des résultats en progression.
Dès la fin des années 90, on se rend compte que la langue n’est pas seulement une affaire de lecture mais de langage reflet d’une culture profonde. On pensait que le « Lire, écrire, compter » amenait les élèves vers la culture ; hors c’est la constitution d’une culture partagée qui mène au « Lire, écrire, compter ».
En 90 on s’aperçoit, par l’analyse des premiers résultats aux évaluations CE2, que lorsque les enfants échouent en lecture parce qu’ils n’ont pas compris, ils ne comprennent pas non plus le texte à l’oral. Dans les ZEP, les élèves ne comprennent pas le vocabulaire utilisé, ils ne possèdent pas le langage scolaire. De même en mathématiques, l’écart se creuse entre l’instrumentalisation du calcul et la compréhension de son usage. La réussite des apprentissages du « Lire, écrire, compter » dépend donc du développement d’une culture de l’école primaire partagée par tous qui favorise le phénomène d’acculturation. En effet, l’enjeu est de faire comprendre, par la transversalité de la maîtrise de la langue, à quoi servent les connaissances et les outils construits à l’école primaire.
 
En se demandant ce qui fait qu’un enfant réussisse, on s’aperçoit du rôle déterminant de la famille (étayage dans un dialogue d’apprentissage). Hors, à l’école, l’enfant est pris cinq minutes par jour dans un apprentissage interactif avec l’adulte ! Le rôle des parents dans l’acculturation orale dès la petite enfance est extrêmement important.
A l’école que pouvons nous faire pour rattraper ce que certaines familles n’ont pas le temps ou les moyens de faire ? C’est uniquement par le dialogue et l’oralité que se constituent les bases de données qui vont permettre aux élèves d’interroger, de comprendre l’écrit, d’être autonome face à l’écrit. : PARLER, LIRE, ECRIRE dans toutes les disciplines !
Au collège les évidences des spécialistes sont de véritables obstacles pour les élèves : lire un texte scientifique, ce n’est pas la même chose que lire un problème de maths. Le lexique, les représentations sont différentes : il doit y avoir un apprentissage spécifique " Parler, lire, écrire dans toutes les disciplines !
 
A l’école primaire, la polyvalence est une chance énorme pour pouvoir construire une culture orale qui soit la base du « Lire, écrire, compter » et qui facilitera ainsi le passage au secondaire.
Le rôle de l’école maternelle est primordiale : il faut passer du langage en situation (le langage anthropologique qui n’est pas celui avec lequel l’école travaille) au langage d’évocation (langage scolaire à construire car il n’est pas naturel à l’être), passer du il, montré du doigt au il, substantif masculin singulier qui se réfère à un énoncé qui précède...La fonction d’étayage de l’enseignant n’en est que plus évidente et fondamentale.
La scolarisation se fait en français mais c’est une langue très difficile à structurer à cause de la distance entre l’oral et l’écrit. La construction se fait très lentement. La lecture est aussi complexe en raison des difficultés orthographiques. En France, 6% de la population est dyslexique alors qu’il y en a 0% en espagnol et en italien. Cet apprentissage se fait donc très lentement et c’est normal qu’en 6ème les enfants ne savent pas tous écrire : patience !
 
Question : À quand une réforme de l’orthographe ? Que faire avec ces enfants dyslexiques ?
Les espagnols ont réformé régulièrement leur orthographe, pourtant cela n’a pas empêché Cervantès et autres d’être des grands écrivains...
Pour la dyslexie la France a énormément de retard. La dyslexie est un handicap. Très peu de spécialistes sont formés. Les enfants souffrent énormément. Le meilleur moyen ? Réformer la langue française ou enseigner en anglais...
 
Question : Comment restituer la part de l’oral en classe ? Quelles sont les bonnes pratiques ?
A l’école primaire il y a une bascule constante entre deux problèmes très différents :
  1. La construction des automatismes qui peut libérer le « cortex » pour faire du sens (reconnaissance des mots en lecture, calcul automatisé, automatismes graphiques..). Les enseignants considèrent que cet apprentissage n’est pas assez noble et le négligent.
  2. La construction du sens : quand on lit un texte on dialogue entre soi et soi ! On remarque des indices et on les interprète avec notre environnement et notre propre expérience. L’évaluation de cette lecture ne peut donc se faire que par le dialogue oral entre celui qui sait et celui qui apprend (et non pas par des questions de lecture écrites). Il faut donc automatiser la séquence didactique (l’enseignant est obnubilé par la conduite de la séance, il doit aller jusqu’au bout !) pour libérer du temps pour le dialogue didactique qui doit être un échange des représentations.

Navigation

Agenda

<<

2017

 

<<

Mai

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930311234
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois